Le devin & la consultation du tarot   

  

Avant tout, il convient de parer à l’abus des consultations inconsidérées, répétées à tout propos au moindre caprice et sans besoin effectif. Ceux qui jadis consultaient l’oracle ne se présentaient pas les mains vides. La règle est à retenir, mais le désintéressement du devin est de rigueur. Le consultant s’imposera donc le sacrifice d’une offrande modique, sans être insignifiante par rapport à lui-même.

Mais que désire-t-il savoir ? Bien poser la question est d’une importance capitale, quand la divination doit porter sur un objet déterminé, plutôt que de se lancer dans le nuageux domaine de la bonne aventure. « Dites moi ce qui doit m’arriver » n’est pas une formule acceptable. LE consultant doit ramener le plus possible sa question au présent. Désire-t-il être éclairé sur une décision à prendre ? A-t-il tort ou raison de persévérer dans tel ou tel projet ? Peut-il espérer réussir en ce qu’il vient d’entreprendre ? Doit-il redouter un échec et prendre ses dispositions en conséquences ? Telle personne mérite-t-elle sa confiance ?

Le consultant n’est pas tenu de s’expliquer avec précision sur ce qu’il demande et le devin n’exigera pas d’être initié plus qu’il n’est utile, aux secrets de la consultation. Il faut cependant que le devin en sache assez pour ne pas s‘égarer dans ses interprétations. Aussi est-il dans l’intérêt du consultant de parler sans réticence et de faciliter la tâche du devin en limitant son effort divinatoire.

 

En dépit du positivisme dont ils se targuent, nos contemporains sont souvent devins sans le savoir. Tel réussit dans la vie grâce à son flair, parce qu’il devine ce qui lui est favorable et agit en conséquence. Un autre s’enrichit par l’effet d’une lucidité qui le lance dans les bonnes spécialisations et le détourne des mauvaises. Certains financiers ont ainsi érigé leur fortune sur l’intuition de leur femme. Existe-t-il un art divinatoire conscient en dehors de la divination spontanée ? L’histoire et l’archéologie mettent hors de doute l’existence d’un pareil art dans le lointain passé. Ainsi par exemple les chefs guerriers faisaient-ils appel aux devins pour établir leurs plans d’attaques.

Il s’agit pour le devin de capter fidèlement les images qui vibrent autour de lui ; opération délicate, car le miroir-imagination se fausse avec une extrême facilité. Emotions, désirs, affections, anxiété sont des éléments de trouble et de déformation. Le seul fait d’être intéressé à la réponse de l’oracle rend les conditions défavorables pour le devin qui est d’ordinaire plus lucide pour autrui que pour lui-même. La lucidité d’un même devin varie d’un consultant à un autre. Il est des personnes qui contrarient le fonctionnement du mécanisme divinatoire, soit que leurs vibrations neutralisent les ondes que devrait accueillir le devin, soit pour une autre raison. En pareil cas, le devin se sent mal à son aise et s’irrite volontiers, ce qui achève de le rendre incapable d’officier utilement.

Inversement, le consultant peut apporter une atmosphère psychique propice à la divination. Le devin se fait alors interprète de messages inintelligibles.

 

Ne demandons à la divination que ce qu’elle peut donner. Un intention ferme, un projet définitivement arrêté, peuvent annoncer un acte non encore établi ; il en résulte une conjecture que l’évènement confirmera ou non, car en fin de compte, l’exécution peut être entravée pour un motif non encore objectivé au moment de la consultation. Le devin qui tend ses antennes réceptives ne peut capter que ce qui vibre ; il n’est pas responsable de l’absence de messages destinés au consultant. Son amour propre ne doit donc pas entrer en jeu si rien n’apparaît dans son champ de vision. Qu’il se garde de s’acharner à convertir les sceptiques. Nul n’est tenu de croire que les devins peuvent dire vrai. En fournir une preuve expérimentale n’est pas le but de la divination.

 

Les réponses du tarot sont loin d’être toujours limpides il en est de décourageantes qui résistent à toute tentative d’interprétation sensée. Elles ne sont pas à retenir, car les bonnes réponses se distinguent par leur logique et la réduction au minimum de l’ambiguïté inhérente aux oracles.

 

Il n’y a pas à s’attarder devant une réponse indéchiffrable, mieux vaut renouveler la question en s’efforçant de la poser soit avec plus de précision ou l'aborder sous un autre aspect (un autre angle) ou en changeant de point de vue. En ce cas, il est procédé à une nouvelle consultation dont le résultat risque d’être plus satisfaisant. La seconde réponse éclaire souvent la première. Il arrive que les arcanes sortis sont en partie les mêmes ou qu’ils offrent une frappante parenté de signification, un peu comme si les arcanes ne sortaient pas par hasard.

 

A question frivole ou vague, réponse communément ironique ou diffuse. A question indiscrète, refus de réponse. A question sérieuse et précise, réponse adéquate.